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Hirudothérapie : La thérapie par les sangsues, tentez l’expérience

publié le 23/05/2016 à 00:00
Hirudothérapie : La thérapie par les sangsues, tentez l’expérience

Cette thérapie ancestrale était très en vogue au début du XIXe siècle. On se rend compte que nos ancêtres avaient tout à fait raison : l’hirudothérapie est efficace pour de nombreuses pathologies.


Au milieu du XIXe siècle, on utilisait jusqu’à 100 millions de sangsues par an en France pour les bienfaits décongestionnant de la saignée ! Mais la thérapie ne fut pas toujours utilisée à bon escient, la mode engendra des abus et elle finit par tomber dans l’oubli. Depuis quelques années, on découvre que la thérapie par les sangsues (appelée aussi hirudothérapie) a bien d’autres intérêts. Tout récemment, le département orthopédique de l’hôpital universitaire de Hanovre en Allemagne, vient ainsi de publier une étude sur l’impact bénéfique de la pose de sangsues pour soigner l’arthrose du genou. L’étude portant sur 113 patients a permis de mettre en évidence une diminution de la douleur et une amélioration pour les activités quotidiennes. Aux États-Unis, les sangsues, surtout utilisées dans la chirurgie plastique, sont même qualifiées d’auxiliaires médicales.

Pourquoi les sangsues ont-elles une action bénéfique sur notre organisme ? En fait leur rôle est double.

• Les sangsues permettent d’évacuer un surplus de sang qui peut être localisé ou non.
L’effet de la saignée est dépuratif, décongestionnant, relaxant. La dilution du sang qu’elle provoque augmente le flux lymphatique et stimule la production des globules sanguins. Leur premier rôle s’inscrit donc dans le cadre des thérapies de dépuration qui ont pour but « d’augmenter l’excrétion naturelle des émonctoires et d’autre part de purifier le sang », explique le Dr Dominique Kaehler Schweizer. Ce médecin suisse a réalisé plus de mille traitements par les sangsues est devenue leur plus fervente avocate.

• La salive des sangsues est dotée de propriétés très spécifiques.
On estime actuellement qu’une trentaine de ses composants sont actifs. Celle-ci contient notamment l’hirudine qui favorise la microcirculation. On connaît bien cette protéine. Elle a fait l’objet ces dernières années de 44 publications scientifiques. L’hirudine synthétique est commercialisée pour le traitement des thromboses comme alternative à l’héparine. Mais son dosage est délicat. Avec les sangsues, ce problème n’existe pas. Mieux, l’hirudine n’est pas toxique sur le plan hépatique. La salive des sangsues contient également de l’hyaluronidase et de l’égline qui, en inhibant l’élastine, permet de diminuer les processus inflammatoires.

La salive pour dissoudre un caillot sanguin

De leur côté, la bdelline et la bdellastasine jouent un rôle dans la dissolution des caillots sanguins. Ainsi que la destabilase. Tandis que la caline y participe en empêchant l’agglomération des plaquettes. La salive des sangsues peut donc non seulement empêcher la formation d’une thrombose mais aussi dissoudre un caillot déjà formé. Enfin, certains enzymes auraient même des vertus anti-vieillissement.

Cette composition très riche explique le large panel des applications thérapeutiques. Les services de chirurgie plastique des hôpitaux l’utilisent régulièrement pour la réimplantation d’organes. La pose de sangsues permet d’éviter le risque de nécrose par congestion veineuse le temps que la circulation sanguine reprenne normalement dans le greffon. Mais les applications pratiques de l’hirudothérapie relèvent de pathologies beaucoup plus courantes qui peuvent être soignées dans le cabinet d’un médecin ou d’un naturopathe.

Première indication : traitement des maladies veineuses.
Du fait de leur capacité à décongestionner les capillaires où il y a une stase, les sangsues sont préconisées en cas de varices et de thrombophlébites. La première pose se fera d’abord au niveau du bassin pour faciliter la remontée du sang par les jambes. Attention toutefois, le traitement ne vise pas à rendre un calibre normal à une veine dilatée. « L’action ne comporte pas d’amélioration sur le plan esthétique », précise Dominique Kaehler Schweizer. En revanche, les sensations de jambes lourdes et les thromboses superficielles disparaissent. Par ailleurs, les sangsues ne seront pas suffisantes pour traiter des thromboses profondes. Mais surtout parce qu’aujourd’hui le traitement par anticoagulants, systématique, est antinomique avec la pose de sangsues. « Dans ce cas, on demande au patient d’arrêter son traitement deux jours avant la séance. Les sangsues sont un bon complément », précise Dominique Kaehler Schweizer.

En cas de crise hémorroïdaire (hémorroïdes thrombosées), le soulagement grâce aux sangsues est très rapide. Il permet d’éviter l’intervention chirurgicale tout en ayant un effet nettoyant pour les veines.

• Deuxième indication : arthroses et tendinites.
Le mécanisme d’action de la sangsue n’est pas complètement connu. Grâce à l’histamine qui dilate les vaisseaux et permet aux autres substances de mieux se diffuser, la circulation lymphatique est accélérée. En fonction de la douleur, il faut envisager des traitements plus ou moins fréquents et à tout le moins attendre environ une semaine après une séance pour ressentir les effets. La thérapie est particulièrement efficace pour l’arthrose du genou – qui a fait l’objet de plusieurs études probantes – mais aussi de la cheville, de l’épaule et de la racine du pouce. Le mal peut-être dû soit à un surmenage de l’articulation, soit à des calcifications dans la bourse séreuse. L’impact du traitement dépend bien sûr de l’état de l’articulation. Mais on obtient en général un soulagement d’au moins plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Cette technique peut également être employée pour taiter l'algodystrophie, en revanche, elle soulage mal l’arthrose de la hanche qui pourra éventuellement être traitée chez les sujets maigres.

Le traitement convient parfaitement pour les problèmes des sportifs et de tous ceux qui, pour une raison ou une autre, ont sollicité, de manière excessive, une de leurs articulations. Les douleurs tendineuses peuvent également être soignées. Les sangsues font des merveilles pour la tendinite du coude et du tendon d’Achille. Ce tendon – surtout quand il est court – est très sensible aux efforts. La pose de sangsues permettra de soulager les effets d’une longue marche de manière incomparable.

Éviter des opérations et des anesthésies inutiles

• Troisième indication : soulager les furoncles et autres abcès…
Les sangsues se montrent très efficaces pour résorber furoncles, abcès et hématomes importants. Dans ce cas, le traitement est beaucoup plus léger que l’opération sous anesthésie générale préconisée par la médecine conventionnelle. Il semble qu’elles aient également un effet préventif et évitent les récidives pour les furoncles.

Quatrième indication : soulager des maux divers (mal de tête, cicatrices, acouphènes…).
L’action des hirudinés peut vous aider à vous débarrasser de maux de tête. À condition que ces derniers aient pour origine la contracture des muscles de la nuque. Le problème des acouphènes peut être également amélioré. Les sangsues sont capables de guérir les lésions récentes d’origine vasculaire. « Cette technique obtient des résultats équivalents aux autres thérapies », précise Dominique Kaehler Schweitzer. Après une pose de sangsues, les cicatrices douloureuses et rétractées deviennent plus souples et plus planes. Les tiraillements se font moins présents. Au niveau des hernies discales, la pose peut aider la diminution de l’oedème et de l’inflammation locale.

Pour l’ensemble de ces pathologies, les résultats sont rapides. Prévoir deux séances pour des varices, une seule séance suffit pour les tendinites ou plus en fonction de la douleur, et au maximum quatre séances d’affilée seront nécessaires pour une cicatrice.

Enfin, les maladies des artères peuvent également être traitées. Les sangsues sont bénéfiques puisqu’elles améliorent la circulation et préviennent les accidents cardio-vasculaires et vasculaires cérébraux. Hypertension, angine de poitrine, infarctus, troubles vasculaires du diabète chez les personnes diabétiques de type II sont également concernés. Mais cette approche reste encore très novatrice en France et peu de thérapeutes la pratiquent.

De façon générale, on n’en est encore qu’au début de la renaissance de cette thérapie en France. À peine une vingtaine de thérapeutes l’utilisent de façon sérieuse.

Hirudothérapie, mode d’emploi

Une première séance d’hirudothérapie nécessite surtout de surmonter le dégoût que l’on éprouvera sans doute à la vue de ces créatures peu ragoûtantes. Pour cela, il faut passer par un professionnel de santé formé à cette thérapie, et qui saura manier ces amnélides. Ensuite, vous constaterez que la pose d’une sangsue provoque une sensation de piqûre comparable à celle d’une ortie. La petite bête mord pour ensuite sucer le sang grâce à sa ventouse avant, tandis que sa ventouse arrière lui permet de se fixer. Une fois rassasiée, elle se détache toute seule.

Il faut savoir que la pose de sangsues peut produire, à cause de la présence d’histamine dans sa salive, des réactions inflammatoires de type allergiques semblables à une piqûre de guêpe qui disparaissent en 2 ou 3 jours. Par ailleurs, les endroits traités continuent de saigner abondamment jusqu’à 12 heures après la séance. Mais, un saignement abondant est souvent souhaitable, surtout lors de la première séance. Enfin, vous serez surpris par le bien-être que vous ressentirez à la fin de la séance : le traitement apporte un effet euphorisant et relaxant qui, pour le moment, reste inexpliqué !

Vérifiez l’origine des sangsues

Qui sont ces sangsues qui sucent notre sang ? Les sangsues sont devenues rares dans le milieu naturel. Elles sont même protégées sur le territoire français. De toute façon, utiliser des sangsues sauvages peut s’avérer dangereux. Virus et bactéries survivent plusieurs mois dans le sang contenu dans l’estomac de la sangsue. Pour toute thérapie par les sangsues, il faut donc utiliser des sangsues de laboratoire en exigeant le certificat d’origine auprès du pharmacien.

L’un des trois grands élevages de sangsues européens, qui approvisionne notamment les hôpitaux, se trouve à Bordeaux. La société Ricarimpex élève ses sangsues (l’Hirudo medicinalis) en aquarium avec une traçabilité de la naissance jusqu’à l’utilisation. On utilise actuellement des sangsues qui pèsent entre 2 g et 3 g et d’environ 10 cm de long. Les protecteurs des animaux s’en émouvront sans doute, mais une sangsue ne doit servir qu’une seule fois et être tuée ensuite pour éviter les risques de contamination. Pas question de les réutiliser pour une autre séance ni pour une autre personne.


Isabelle Saget

 

Cet article est reproduit avec l'aimable autorisation du site alternativesante.fr

 


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