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L’hymne de nos campagnes

publié le 16/10/2017 à 00:00
L’hymne de nos campagnes

A force d’entendre parler de la médecine douce dans les magazines à fort tirage, qui s’adressent généralement à un public citadin et aisé, il arrive que l’on oublie que les thérapies alternatives se développent constamment dans les zones rurales. Et si on en tirait une leçon ?


Exode urbain

C’est devenu un lieu commun, depuis la parution du livre de Christophe Guilluy, La France périphérique, d’opposer les grandes métropoles aux villes moyennes et petites. Avant, il y avait Paris et le reste de la France ; maintenant, ce sont les grosses villes contre les petites.

Et même avec l’embourgeoisement des banlieues – les médias traditionnels préfèrent « gentrification », qui leur permet d’atténuer le phénomène – nombreux sont les citadins qui aimeraient partir vivre à la campagne. Pourquoi ?

Pour ne pas avoir à se soucier de leurs loyers, de leurs crédits, et des mauvaises fréquentations que leurs enfants peuvent avoir dans des écoles de plus en plus laxistes, tant au niveau du contenu de l’enseignement que de la discipline. Sans parler de la pollution, des embouteillages, et des foules de touristes et de fêtards qui bloquent les centres-villes.

Mais l’exode urbain – le retour à la campagne – est long à prendre. Pour des raisons que l’on préfère taire habituellement, tant elles paraissent bassement matérialistes. Aurais-je une connexion internet efficace ? Pourrais-je gagner ma vie correctement ? Et surtout, avec l’âge, comment vais-je faire pour me soigner ?

Cette dernière question se pose avec d’autant plus d’acuité qu’un récent rapport (France Culture, 27/09) a conclu que plus un hôpital était fréquenté, plus il était pourvu en matériel, et donc efficace à soigner, notamment en ce qui concerne la chirurgie.

Mais le récent développement des praticiens de médecine alternative dans les campagnes permet de revoir nos préjugés sur ce que les citadins imaginent comme une désolation… tout simplement parce qu’ils n’y mettent jamais les pieds.

Le boom des thérapeutes ruraux

Le 22 septembre dernier, un article de la Montagne, quotidien régional auvergnat, menait l’enquête auprès de six praticiens installés à Saint-Flour. Cette ville du Cantal, qui compte moins de 7 000 habitants, reste peu connue du grand public. A tort, certainement. Car cette très belle et ancienne cité compte un nombre croissant de thérapeutes.

Devons-nous chaque fois nous féliciter que l’augmentation du nombre de thérapeutes dans les campagnes compense la désertification médicale ? Ce serait finalement accepter cette désertification, qui n’a pas lieu d’être. Car si l’on arrêtait avec l’absurdité du numerus clausus et que l’on proposait des mesures réellement incitatives pour les jeunes médecins, les « zones rurales » ne seraient pas des zones, du moins en termes de politique de santé.

Ce qui, par contre, nous réchauffe le cœur, c’est de voir que dans des régions que les médias traditionnels décrivent comme sinistrées, on trouve au moins des solutions pour prendre soin de soi et des autres.

C’est même là tout le charme du mode de vie rural. Moins de pollution, moins de monde, une civilité encore vivante, sinon une solidarité vivace pourvu que l’on sache se faire apprécier de ses voisins.

Ces dernières années, les thérapies alternatives ont gagné le cœur des citadins, qui y voient un souci de soi qui leur permet de supporter une vie de moins en moins agréable. Et si le bout de cette démarche n’était pas, tout bonnement, de quitter la ville ?


Gary Laski