Dossiers

Les constellations familiales systémiques

publié le 03/03/2016 à 00:00
Les constellations familiales systémiques

Au carrefour de l’hypnose eriksonienne, du psychodrame ou de la psycho-généalogie, les constellations familiales ont du mal à trouver une légitimité. Cet outil, très empirique, donne pourtant des pistes sérieuses pour améliorer nos relations, avec nous-mêmes et avec les autres, et résoudre ainsi de nombreux problèmes de santé d’origine psychosomatique. Notre journaliste a fait l’expérience d’une séance.


Les constellations familiales… la terminologie, un peu ésotérique, peut faire sourire les rationalistes, mais cette thérapie est aujourd’hui utilisée par un nombre grandissant de psychiatres et d’institutions psychiatriques qui l’utilisent comme un outil complémentaire des thérapies classiques, notamment en Allemagne, où les constellations familiales ont été créées par Bert Hellinger il y a une trentaine d’années.

Son but : dénouer les liens inconscients, notamment familiaux, qui peuvent bloquer un individu dans son désir d’évolution. Il ne s’agit pas de découvrir un secret de famille. Ni de régler ses comptes avec ses aïeux, mais de retrouver sa juste place dans sa lignée.

Le déroulement d’une séance

La trame d’une séance est assez simple : les constellations se déroulent en groupe, parmi lequel un participant, volontairement appelé le « client », expose sa problématique.

Pour tenter de l’éclairer, des personnes de l’assistance sont choisies pour représenter certains membres de sa famille ou de son entourage. Placés dans l’espace, les « représentants » forment un système, ou « constellation » familiale.

On ne demande pas au client de raconter son histoire ni celle de ses proches, encore moins de décrire leur personnalité. Les représentants n’ont donc pas de « rôle » à jouer. C’est ici que la méthode est surprenante : malgré une absence totale d’information, quelque chose se passe chez les représentants. La place qu’ils occupent dans l’espace, leurs émotions, leurs déplacements, mettent à jour des mécanismes parfois ignorés du client lui-même.

Les constellations se déroulent sur une soirée ou un week-end, en groupe de 10 ou 20 personnes. Chaque constellation dure entre 15 et 45 minutes, pendant lesquelles le « client » expose sa problématique et choisit dans l’assistance les représentants. À l’issue de sa constellation, tous retournent dans l’assistance où un nouveau client est choisi.

Les représentants ne jouent pas un rôle. On leur demande de s’ouvrir à la perception dans ce qu’elle a de plus instantané, de faire le vide en eux pour devenir des « écrans blancs sur lesquels tout peut se projeter », comme le dit Élisabeth Crespi.

Le représentant exprime ce qu’il ressent (sensations, émotions, mouvements du corps) lorsque sa place ou un regard porté sur lui changent. Le client « voit » alors comment son système familial ou professionnel se structure et comment il peut évoluer. Il « entend » ce que vivent les protagonistes, ce qui lui permet de mieux cerner les possibilités de changement dans sa propre vie.

Dans ce mécanisme, l’animateur travaille sur ce qui est dit et ressenti par les participants. Il propose déplacements ou phrases à dire, en se laissant guider par la dynamique du système, jamais par ses intentions à lui. Il n’est qu’un miroir de la situation, et renvoie le client à ce qu’il porte en lui.

Bien choisir l'animateur

Le choix de l’animateur est primordial. Et particulièrement délicat. Méthode empirique, les constellations ne peuvent pas être théorisées. Tout repose donc sur l’animateur, son parcours, sa personnalité et ses intentions. Aucun protocole ne vient pallier son éventuelle incompétence, d’autant que la formation est très courte :  après huit modules de trois jours, quiconque peut animer des constellations…

Avant de se lancer, il est donc indispensable de se renseigner sur le parcours thérapeutique et le temps de pratique de l’animateur. Il est indispensable qu’il suive un travail de supervision, dans lequel il questionne sa pratique auprès de ses pairs. Il peut être bon de rencontrer plusieurs animateurs pour savoir avec lequel on se sent le plus en confiance : aucun animateur ne doit prétendre savoir ce qui est bon pour vous. Il n’est ni un médecin ni un gourou, il est un guide qui vous oriente mais vous laisse découvrir les solutions par vous-mêmes.
Un bon animateur n’est pas trop directif mais il doit avoir la force de contenir le groupe. Il doit aussi respecter le rythme des clients et créer un cadre où tout peut s’exprimer, y compris la colère et l’émotion. Sans non plus les susciter, ce qui créerait quelque chose de gratuitement spectaculaire.

Un point essentiel enfin, l’animateur ne doit jamais, absolument jamais, encourager la dépendance. Au moindre doute, fuyez ! Comme le dit Yvan Amar, « l’instructeur est un homme qui a deux portes ouvertes : celle de devant qui accueille, celle de derrière qui laisse partir ».

Sachez qu’il existe deux courants principaux : le courant classique vise à un résultat tangible, à un changement concret dans la vie du client. Les « nouvelles constellations » se situent dans la continuité du fondateur, Bert Hellinger, qui depuis plusieurs années s’est détourné de l’approche qu’il avait mise en place à l’origine. Les « nouvelles constellations » sont plus ésotériques, l’animateur y cherche surtout à laisser exister le « mouvement de l’âme ».

Un outil empirique pour des situations concrètes

À ce jour, « rien de concluant n’a été trouvé pour expliquer ce phénomène mystérieux, qui permet à un représentant de fournir des explications aussi précises sur ce que ressent un individu dont il ignore tout et qu’il ne fait que représenter », reconnaît dans un de ses ouvrages Constanze Potschka-Lang, celle qui a introduit en France l’approche des constellations familiales. Elle a raison. Toujours est-il que durant un travail de constellation, nous l’avons vérifié, la mise en œuvre d’un mouvement s’opère. Le client voit se dessiner dans l’espace une dynamique dont il n’avait pas conscience, c’est elle qui lui ouvre des portes pour son évolution.

Initier un mouvement

Les constellations familiales utilisent la capacité du cerveau à vivre les choses dans le virtuel, comme si elles existaient.
Leur intérêt majeur est cette manière tangible de procéder : la situation se voit et se vit dans l’espace de manière concrète. Un déplacement physique vers le représentant d’un ancêtre fait exister ce déplacement en soi.

Le regard est également un élément primordial du changement selon Élisabeth Crespi, animatrice de constellations pour l’école Bert Hellinger de Paris : « Décentrer son regard sur ses proches permet de prendre du champ avec ses propres souffrances. Face à ce regard modifié, j’observe souvent que le corps lui aussi se sent soulagé. » Même si ça n’est pas leur propos, il n’est pas rare que les constellations dénouent ainsi des symptômes psychosomatiques.

Argent, pays d’origine, travail, tout peut être représenté…

Les constellations systémiques sont, bien entendu, un outil empirique pour aider à résoudre des situations comme les difficultés dans les relations familiales ou amoureuses… Mais, outre les proches ou les ancêtres, les constellations offrent la possibilité de représenter des notions abstraites. C’est là une autre surprise de la technique, qui éclaire les liens du client avec le travail, la justice, l’argent, un pays d’origine, ou encore une institution.

Telle Mélanie, qui, durant la séance à laquelle nous avons participé, dit souffrir de vivre continuellement endettée : la constellation lui fait prendre conscience que, sous ces dettes qu’elle entretient, elle « paye » pour la culpabilité qui l’habite d’avoir avorté plusieurs années auparavant. Le travail consiste pour elle à faire la paix avec cet événement, afin de se libérer de sa culpabilité.

Sabine, elle, vient pour se préparer à entrer dans un nouveau travail, un changement dont elle attend beaucoup. La constellation montre qu’en réalité elle tourne le dos à son travail, trop empêtrée dans le conflit avec son employeur précédent : « La lutte nous relie totalement à l’objet de notre lutte. On ne peut pas se détacher quand on lutte », affirme Élisabeth Crespi.

Comme tous les animateurs, elle met l’accent sur le lâcher prise, qui seul permet de se défaire des relations qui entravent.
La constellation de Sabine lui montrera aussi que ses attentes vis-à-vis du travail recouvrent une attente déçue, celle de l’amour de ses parents. Un sentiment récurrent, explique Houria Boukerma : « Nous avons tous du mal à nous contenter de ce que nos parents nous ont donné. On pense que ce n’est jamais assez et on reporte cette demande d’amour sur notre compagnon, notre compagne » ou on le déplace, comme Sabine, sur son travail. Les constellations visent à transformer la demande insatisfaite en acceptation de ce qui a été.

Les constellations montrent, et c’est tout

Les constellations systémiques ont donc pour but d’impulser un processus de changement. Mais elles laissent chacun libre de faire ce qu’il veut avec ce qui s’est passé en séance.
C’est ici leur limite, pour celui qui aurait besoin d’être guidé. N’étant pas organisées comme des thérapies suivies, les constellations peuvent ainsi laisser démuni face à ce qui s’est révélé, d’autant qu’elles sont souvent assez bouleversantes pour les participants. Si elles montrent la direction dans laquelle un mouvement peut être envisagé, elles laissent chacun se débrouiller avec la manière de le mettre en place.

Il faut donc les déconseiller aux personnes fragilisées par un deuil trop récent. Et plus encore aux personnes très instables ou souffrant de troubles psychiques. De même, il est recommandé aux patients en cours de psychanalyse ou de psychothérapie de demander l’avis à leur thérapeute avant de faire une constellation.

L’après-constellation : laissez infuser

Attention aussi aux grandes décisions en sortant d’une constellation, car il est fréquent que l’on éprouve une certitude soudaine qui nous donne des ailes. Il est recommandé de laisser infuser en soi ce qui s’est joué, pour prendre les décisions « à froid » plutôt que porté par l’euphorie. D’autant que la solution n’apparaît pas forcément pendant la constellation, mais peut se présenter plus tard : si une lueur s’est allumée, il faut donner à la flamme le temps de s’installer et de grandir.

Les grandes déclarations à ses proches après une constellation sont aussi à faire avec précautions, en gardant à l’esprit qu’ils n’ont pas fait le même travail et ne sont peut-être pas prêts à tout entendre.

Après une constellation il faut garder en tête, comme le rappelle Houria Boukerma, que « La seule personne sur laquelle nous ayons prise, c’est nous-même, et le regard que nous portons sur les autres. Mais si notre regard sur l’autre change, alors la relation en est profondément bouleversée, et l’autre change aussi. »


Samuel Socquet-Juglard


Retrouvez les animateurs en constellations familiales et systémiques près de chez vous

Cet article est reproduit avec l'aimable autorisation du site alternativesante.fr

 


Trouver un thérapeute en Constellations Familiales et Systémiques près de chez moi