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Baroud d’honneur contre les médecines alternatives

publié le 17/05/2018
Baroud d’honneur contre les médecines alternatives

Le 18 mars dernier, dans le Figaro, 124 « professionnels de santé » ont signé un appel contre la médecine alternative. Outre leur désir de rappeler aux thérapeutes leur « place », ils visent principalement le déremboursement de l’homéopathie et de l’acupuncture ainsi que la mise au ban des médecins qui pratiquent ces disciplines. Décryptage.


Une dernière attaque pour la route

Les attaques de la médecine allopathique contre les médecines alternatives, on en a pris l’habitude. Rien de nouveau sous le soleil. Avec les progrès de la médecine « intégrative », qui consiste à allier allopathie et médecine alternative, on s’autorisait à penser que le débat était clos.

D’autant que la nouvelle génération des médecins, plus attentive à la bonne santé psycho-physique de sa patientèle, ne se sent plus mise en danger par les thérapies naturelles. Elle est bien consciente que ses conditions de travail, de plus en plus difficile, impliquent d’autres formes de suivi et de soutien, bref, d’autres médecines propres à accompagner le patient vers une meilleure santé.

Fait important à prendre en compte : 40% des Français ont eu recours à la médecine alternative, et le premier laboratoire mondial d’homéopathie, Boiron, est français. Même la population et l’industrie sont contre les radicaux de l’allopathie. La bataille était pour ainsi dire perdue d’avance. Alors pourquoi la mener ?

Que visent les allopathes radicaux ?

Bien sûr, nous pourrions soupçonner une collusion des médecins avec les laboratoires pharmaceutiques, le « Big Pharma ». Nous avons déjà évoqué ici la situation : puisque l’Etat ne finance que très peu la recherche, il met nécessairement les médecins chercheurs dans les mains des consortiums.

Il y a aussi, évidemment, le refus de certains patients, motivés par l’existence d’autres médecines, de certains traitements désespérés et extrêmement violents, qui améliorent moins leur condition personnelle qu’ils ne font avancer la recherche.

Si les intérêts de la recherche et de l’industrie jouent certainement leur part, les arguments développés par les signataires relèvent surtout du réflexe de défense corporatiste :
- Inefficacité scientifique des thérapies alternatives qui ne relèveraient que de l’effet placebo.
- Temps « perdu » en consultations de médecine intégrative alors qu’il ne devrait être employé qu’à la seule médecine allopathique.
- Déremboursement des soins homéopathiques jugés inefficaces et trompeurs.
- Et surtout : recul du moment où devrait être effectué le diagnostic du médecin, qui selon eux, est le seul qui permet une guérison véritable.

C’est vraisemblablement cet argument qui est le nœud du problème.

Médecine de proximité : une bataille déjà perdue

Nombre de patients ne veulent pas systématiquement recourir à un médecin qui n’aura pas le temps de les écouter, ou à une médecine qui coûte cher, sans pour autant garantir leur guérison.

Par conséquent, ils préfèrent commencer par consulter un thérapeute qui leur garantit un suivi psychologique et les accompagne dans une démarche de responsabilisation de leur santé.

L’avantage psychologique des thérapeutes est de ne se placer ni dans l’aveuglement, ni dans la culpabilisation systématique. Ces deux attitudes fréquentes chez les médecins, résultent de la gravité de certains cas auxquels ils font régulièrement face, et du peu de temps qu’ils ont à consacrer aux autres.

Non, les médecines alternatives ne prétendent pas remplacer la médecine allopathique : elles proposent d’autres approches, fondées sur l’équilibre de l’organisme, qui visent à éviter les traitements lourds.

La méfiance quant aux médecins, on la retrouvait déjà chez Molière, et l’imputer aux médecines alternatives, ou aux allopathes qui y sont favorables, est un recours facile.

La médecine allopathique ne répond plus à elle seule aux exigences de la patientèle, moins encore dès lors que le système de santé en fait une industrie, soumise aux labos et aux cadences de consultation à la chaîne. Et ce n’est assurément pas en s’en prenant aux thérapeutes que les médecins y changeront quelque chose.


Gary Laski