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L’EMDR le traitement-choc des traumatismes

publié le 08/01/2015 à 12:12
L’EMDR le traitement-choc des traumatismes

L’EMDR est à la mode. On présente cette technique thérapeutique comme une psychothérapie en accéléré, capable de résoudre en un clin d’oeil tous nos problèmes psychologiques. À l’origine, elle a été conçue pour aider les personnes ayant subi un traumatisme et c’est dans ce domaine qu’elle obtient les meilleurs résultats en employant la stimulation sensorielle pour libérer les émotions négatives bloquées dans le système nerveux suite à un choc.


Il n’a fallu que quelques mois à l’EMDR pour se propager comme une traînée de poudre dans toutes les villes de France. Cette technique, créée il y a vingt ans aux États-Unis, est parée de telles qualités que l’on pourrait croire qu’elle est capable de résoudre tous les types de problèmes psychologiques. Ses créateurs l’ont pourtant avant tout destinée à traiter ceux qui ont été victimes d’un événement traumatisant : un accident par exemple, mais aussi un de ces chocs, « fondateurs » de la personnalité, que l’on a refoulés pour essayer de les oublier.

Comment fonctionne l’EMDR ?

Il y a toutes sortes de manière de définir l’EMDR. Jacques Roques, psychanalyste, psychothérapeute et vice-président de l’association EMDR France, définit cette technique comme une « neurothérapie » car elle agit à la fois sur le corps et sur l’esprit. Serge Ginger, secrétaire général de la Fédération française de psychothérapie et psychanalyse, parle d’« opération chirurgicale métaphorique pour retirer l’élément du cerveau empêchant la cicatrisation : l’écharde retirée, la plaie peut se refermer ». Plus simplement, l’EMDR permet au cerveau de reconditionner les émotions traumatiques restées gravées dans la mémoire suite à un choc.

Le principe est simple : le patient revit mentalement la situation traumatique tout en exécutant un geste spécifique, notamment avec les yeux. Ce mouvement donne au cerveau une information apaisante en stimulant alternativement les deux côtés du corps. La technique a été découverte avec le mouvement des yeux, mais s’est depuis étendue au reste du corps. Serge Ginger parle aujourd’hui de « stimulation bilatérale alternée ». En effet, les thérapeutes se sont rapidement aperçus que les stimulations alternées peuvent être également auditives ou même kinesthésiques, c’est-à-dire qu’elles s’appliquent à l’ensemble des sensations corporelles. Le mouvement des yeux est parfois remplacé par des tapotements sur les mains, les genoux ou les épaules…

Le souvenir n’est pas effacé, il est corrigé

Cette stimulation alternée sollicite les deux hémisphères du cerveau, ce qui libère de l’acétylcholine, substance chimique responsable de la décontraction. Ce « balayage cérébral » place le patient dans un état de conscience modifié qui n’est pas sans rappeler l’hypnose ericksonienne. Le patient revit l’événement traumatique dans un état de relâchement. La libre association d’idées, processus à la base de la psychanalyse, est alors favorisée. Le cerveau crée de nouvelles associations, positives cette fois-ci. Le souvenir de l’événement est donc dissocié d’un état de panique.

Selon Jacques Roques, il y a toujours une adéquation entre l’état émotionnel vécu et les données accessibles de la mémoire. Par exemple, un individu angoissé n’aura accès qu’aux données liées à la peur. L’exemple d’une patiente, victime de l’attentat de la rue de Rennes en 1986 est tout à fait représentatif. Vingt ans après l’événement, elle ne parvient toujours pas à sortir seule de chez elle. L’acte de sortir n’est plus, pour elle, associé à la sensation de plaisir, seule la peur est convoquée. Après quelques séances d’EMDR, la patiente peut distancier l’événement vécu. L’attentat n’a pas disparu de sa mémoire, mais elle n’est plus submergée par ce souvenir traumatique. L’EMDR ne vise pas à effacer le souvenir, mais à en atténuer la dimension émotionnelle. Sur le plan neurologique, le souvenir est stocké à la fois dans la mémoire cognitive et dans la mémoire affective. L’EMDR permet de corriger la mémoire affective en agissant sur le système limbique, la partie du cerveau où siègent les émotions. La violence de l’émotion ressentie lors du traumatisme est en partie gommée. Le souvenir, quant à lui, demeure dans le cortex, là où le cerveau stocke les informations.

L’EMDR n’est pas une science, mais ça fonctionne

Cette technique de soin est issue de plusieurs approches thérapeutiques : psychanalyse, théories cognitives et comportementales, Gestalt-thérapie, thérapies humanistes centrées sur le patient… Elle est donc loin d’être une science exacte. C’est l’argument principal de ses détracteurs pour lesquels les résultats obtenus chez les patients ne constituent pas une justification suffisante de la validité de l’EMDR. Ses partisans reconnaissent eux-mêmes une part de mystère dans le fonctionnement de la méthode mais les résultats sont là. Dans les cas « simples », c’est-à-dire les traumatismes clairement identifiés, Jacques Roques revendique un taux de réussite proche de 100 % en moins de dix séances. Les échecs observés dans 20 ou 30 % des cas sont principalement dus au manque d’information du praticien face à des situations trop complexes. Il faut également noter que, pour être efficace, cette thérapie nécessite une forte motivation du patient qui doit accepter de se confronter à ses émotions. Selon Jacques Roques, ce traitement agit en profondeur. Il n’y a pratiquement pas de cas de rechute : lorsque la plaie est cicatrisée, le traumatisme disparaît. Des études scientifiques en laboratoire sont en cours pour valider scientifiquement les constatations des praticiens.

Quand recourir à l’EMDR ?

Ce traitement est particulièrement efficace lorsque les phobies ou les états dépressifs sont les conséquences d’un événement traumatique. Le choc reçu, qu’on en ait été victime ou témoin, peut aussi bien être un viol, qu’un accident de la route, ou un attentat… Bref, un événement à la suite duquel notre vie a basculé : il y a désormais un « avant » et un « après ».

L’EMDR guérit également des patients totalement ignorants de l’origine de leurs symptômes. Ces manifestations parfois paralysantes sont alors le résultat de traumatismes oubliés et refoulés dans l’inconscient. Dans ce cas, le processus de guérison est plus lent car il faut du temps pour que les souvenirs douloureux refassent surface.

De bons résultats ont également été observés dans des cas complexes, notamment lorsque le traumatisme est difficilement identifiable. Le mal-être (angoisses, phobies inexplicables, accès de colère irrationnelle, sentiment de culpabilité, dépression…) peut être le résultat d’un empoisonnement psychique quotidien sur du long terme. De nombreuses personnes ont été dénigrées toute leur enfance sans avoir pour autant été maltraitées physiquement. Dans ces cas de microtraumatismes, la thérapie prendra également du temps car il n’y a pas d’événement fondateur sur lequel s’appuyer.

Les contre-indications

La principale contre-indication vise les personnes psychotiques, notamment sujettes à une dissociation psychologique comme le dédoublement de personnalité. Chez les patients ne possédant pas une structure interne suffisamment stable, l’EMDR pourrait, selon Serge Ginger, perturber leur équilibre psychique très fragile et les conduire à décompenser. L’EMDR ne guérit pas les maladies mentales comme les psychoses. En revanche, elle peut par exemple résoudre un traumatisme chez un psychotique devenu agoraphobe suite à un accident de voiture. L’EMDR interviendra sur le traumatisme, mais ne guérira pas l’état psychotique lui-même.

Comment se déroule une séance d’EMDR ?

Avant le traitement proprement dit, le praticien aide le patient à identifier l’événement traumatique. Puis, ce dernier se remémore l’accident en donnant libre cours aux idées, souvenirs, sentiments ou sensations qui s’y rattachent. Simultanément, le patient opère un mouvement alterné sur le corps (mouvement des yeux, sons, tapotements…). Dans un premier temps, tous les souvenirs négatifs ressurgissent. Ils seront remplacés par la suite par des images positives. Ce mécanisme enclenche un processus inconscient d’effacement des souvenirs négatifs qui se poursuit, après la séance, dans la vie de tous les jours. (l’impact sur les rêves est très frappant). Ensuite, le praticien demande à son client de décrire ses sensations pour connaître son état émotionnel dont il note la progression. La parole est bien sûr très importante, mais selon Serge Ginger « l’élément fondamental est la mobilisation des ressources internes de la personne ». Pour le thérapeute, le processus est abouti quand le patient est capable de se projeter dans l’avenir, de former à nouveau des projets. Une séance d’EMDR dure en général une heure et demie et coûte entre 80 et 160 €.

Comment choisir son praticien ?

Serge Ginger précise bien que le but de l’EMDR est de guérir des symptômes. Ce n’est pas une psychothérapie mais une technique complémentaire. Le praticien doit donc posséder une solide formation de base (psychanalyste, psychothérapeute, psychologue clinicien, psychiatre…) pour assurer le suivi psychologique nécessaire. L’EMDR est recommandée en accompagnement d’une psychothérapie ou d’une psychanalyse, ou parallèlement à un traitement chimique. Il n’est pas rare que l’EMDR amène le patient à se passer de médicaments.

On compte environ 500 praticiens en France. Pour en choisir un, renseignez-vous préalablement sur le mode de traitement, son coût et sa durée estimée. Demandez également au praticien son certificat. La seule formation reconnue en France est délivrée par l’association EMDR France présidée par David Servan-Schreiber. Cette association ne forme que des thérapeutes ayant suivi au minimum sept années d’études en psychologie. Pour Jacques Roques, ce double parcours est très important. Même si l’EMDR est une thérapie performante et rapide, il est indispensable d’avoir une bonne connaissance du cerveau et du psychisme.


Samuel Socquet-Juglard

 


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