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Ouvrir un compte professionnel : oui ou non ?

publié le 22/04/2015 à 12:23
Ouvrir un compte professionnel : oui ou non ?

Avoir son cabinet de thérapeute implique bien entendu des dépenses et des recettes. Les professionnels des médecines douces se posent donc, eux-aussi, la question de l'utilité de l'ouverture d'un compte bancaire professionnel. Pourquoi en ouvrir un ? Y a-t-il des avantages ? Est-ce rentable ? Quelles sont les démarches à suivre ?


Le compte bancaire professionnel : c'est quoi ?

En réalité, il s'agit ni plus ni moins d'un compte bancaire classique, à cela près que son appellation est différente bien sûr, mais aussi que la banque lui adjoint différents services, non disponibles pour un compte privé. En clair, le compte bancaire professionnel n'a pas de statut juridique à part, il s'agit donc d'une appellation marketing, servant à différencier deux produits bancaires.

Ceci étant dit, votre compte bancaire professionnel est toutefois dédié, comme son nom l'indique, à vos activités professionnelles. C'est-à-dire que vous y transférez les recettes tirées de votre pratique, et y tirez les finances pour couvrir vos dépenses relatives au cabinet. Vous paierez ainsi avec ce compte le matériel, comme une table de massage, des huiles essentielles, ou encore de la documentation, le loyer de votre cabinet, les salaires de vos employés... C'est aussi sur ce compte que vous encaisserez les recettes tirées de vos consultations. Le compte bancaire privé reste pour sa part dans la sphère personnelle. Pas question donc de payer vos vacances avec le compte pro, ni les services d'un maître feng shui pour votre cabinet avec le compte personnel.

Obligatoire ou non ?

Cette question se pose en effet, car certains professionnels sont soumis à l'obligation d'ouverture d'un compte pro, afin de pouvoir immatriculer leur société. Cette obligation ne dépend pas du type d'activité professionnelle, mais de la forme juridique de l'entreprise. Ainsi, les sociétés et les EIRL ont l'obligation d'avoir un compte bancaire professionnel. En effet, le capital social doit être déposé pour que l'entreprise puisse être immatriculée. Le compte est donc ouvert au préalable, afin que la banque délivre un certificat de dépôt de fonds, indispensable pour obtenir la fameuse immatriculation et faire enregistrer sa société.

Par contre, les professions libérales, les auto-entrepreneurs, et les entreprises individuelles ne sont pas soumis à cette obligation. Or, la majeure partie des thérapeutes sont dans ce cas et ne sont de fait pas obligés d'ouvrir un compte professionnel. Toutefois, cette solution est la plus conseillée, car elle offre bien des avantages dans la gestion quotidienne du cabinet.

Deux comptes bancaires et des avantages

Bien entendu, à première vue, ouvrir un compte bancaire professionnel peut sembler être une dépense supplémentaire superflue, d'autant plus quand on débute son activité. Mais l'analyse de l'opportunité d'ouvrir ou non un compte pro ne doit pas être faite uniquement du point de vu financier. Voici quelques avantages à ne pas négliger lors de la prise de décision.

Le premier d'entre eux est sans aucun doute la séparation des patrimoines privé et professionnel. Ainsi, votre patrimoine privé s'en trouve mieux protégé et à plusieurs titres. En effet, fiscalité, pénalités de retard, règlement de factures entre autres seront ainsi prélevés sur le compte professionnel. Vos économies personnelles sont ainsi préservées. Par exemple, si en tant que thérapeute vous êtes mis en cause devant la justice pour une raison ou une autre, le juge peut ordonner une saisie conservatoire. Celle-ci est effectuée sur le compte bancaire associé aux dépenses du cabinet. Donc si vous n'avez qu'un seul compte, c'est celui-ci qui sera débité. Par contre, si vous avez un compte pro, c'est lui qui sera concerné, votre compte perso est donc épargné.

Cette protection de votre patrimoine personnel intervient aussi en cas de perte ou de votre carte ou de votre chéquier professionnels. Lorsque vous faites opposition, la banque bloque les moyens de paiement du compte concerné uniquement, l'autre reste donc sauvegardé aussi bien sur le plan financier, que des données qu'il contient.

Justement, les données sont aussi un point à ne pas négliger. Que ce soit votre comptable, le fisc ou d'autres organismes qui sont chargés de vérifier votre compte bancaire professionnel, aucun n'a ainsi accès à vos informations personnelles, ni connaissance de vos mouvements financiers privés. « En cas de contrôle de l'URSSAF ou de l'inspection du travail, ils ne vont regarder que le compte professionnel » donne en exemple Grégoire Leclercq, président de la Fédération des auto-entrepreneurs. Enfin, si vous avez désigné des mandataires, ils ne le seront que pour un compte précis, et là encore vos données sont protégées. Le compte pro évite donc toute confusion et mélange.

Il facilite aussi la gestion quotidienne du cabinet. Ainsi la comptabilité est faite plus facilement, par vous ou votre comptable, puisqu'il n'y a pas à séparer professionnel et privé. Un gain de temps non négligeable donc, puisque l'on sait avec certitude et d'un coup d'œil d'où viennent dépenses et recettes. Côté fiscalité aussi le compte professionnel facilite les choses. Pire, sans compte pro, le fisc risque de requalifier toutes les recettes déposées sur votre compte bancaire en salaire, ce qui s'avèrerait très pénalisant en cas de contrôle fiscal. Enfin, selon Grégoire Leclercq, « cela permet d'avoir une meilleure vision de la santé du cabinet, et de quantifier l'ampleur de sa croissance ».

Le compte professionnel ouvre aussi droit à d'autres avantages, ceux-ci dépendant de la banque où vous l'avez ouvert. En règle générale, chaque banque propose des services supplémentaires pour les comptes pro, qui ne sont pas accessibles pour les comptes particuliers. Par exemple vous pouvez avoir accès au contrat VAD (vente à distance), ou encore à une hotline juridique et fiscale, à des conditions de prêts avantageuses, à des assurances particulières... Grégoire Leclercq confirme, « les chiffres concernant votre activité étant clairs pour la banque, l'accès à un prêt peut être plus facile ».

Ce compte peut aussi s'avérer positif concernant votre réputation professionnelle. En effet, fournisseurs, partenaires, voire clients s'ils en ont connaissance, peuvent le considérer comme un gage de sérieux.

D'autre part, le compte bancaire professionnel peut aussi être celui d'une carrière. Ne le voyez donc pas obligatoirement comme un état de fait actuel. Il peut être le compte du futur de votre cabinet et donc suivre son évolution. Par exemple, « si vous êtes auto-entrepreneur, vous pourriez par la suite faire évoluer votre statut juridique. Le bon point c'est que vous aurez déjà un compte professionnel et serez suivi par un conseiller ».

Ouvrez votre compte bancaire professionnel

Votre décision est prise, vous souhaitez ouvrir un compte bancaire professionnel. Encore faut-il choisir la banque et l'offre. Car oui, vous pouvez tout à fait choisir la banque dans laquelle ouvrir votre compte pro. Nulle obligation bien sûr de faire appel à l'organisme dans lequel vous avez votre compte perso. Mais s'il y a bien une règle à suivre, c'est la suivante : prenez votre temps. Bien entendu, « la banque va vous pousser à ouvrir un compte pro, un nouveau client représentant pour elle une nouvelle entrée financière » souligne Grégoire Leclercq. Toutefois, ne signez pas trop vite, prenez le temps de comparer et de faire jouer la concurrence.

Tout d'abord, décidez si vous l'ouvrez dans la même banque que votre compte personnel. En la matière, balayons tout de suite une idée reçue : le fait d'avoir ses comptes dans la même banque ne donne aucun droit au banquier de faire des transferts sans votre accord. Ainsi, si l'un est débiteur alors que l'autre est créditeur, le banquier n'a absolument pas le droit de transférer de l'argent de l'un à l'autre pour recréer un équilibre. Vous seul pouvez en décider. Sachant cela, reste à comparer l'offre de votre banque et celles d'autres organismes. Rester dans la même banque peut-être avantageux, car vous pourriez être mieux considéré, étant un client fidèle, voire mieux conseillé. Toutefois, le fait d'ouvrir un compte ailleurs peut être un sérieux atout dans le cadre d'une négociation et donc faire encore mieux jouer la concurrence.

Comparez bien les coûts et les offres d'une banque à l'autre. Bien sûr ouvrir un compte est gratuit, mais les frais de gestion peuvent quant à eux s'avérer coûteux. Vérifiez donc s'ils se cumulent ou non, et à combien ils s'élèvent pour différents postes comme la carte bancaire, le chéquier, l'autorisation de découvert, les virements. N'oubliez toutefois pas que « l'aspect financier n'est pas le seul à considérer. Évaluez aussi vos besoins actuels et futurs, afin de savoir si les services du compte pro vous seront utiles » explique Grégoire Leclercq. « Ne négligez pas non plus la relation avec le banquier. Celui-ci doit vous accompagner, vous conseiller ».

Dernier point et non des moindres : vous n'êtes pas obligé d'ouvrir un compte dit professionnel. Un second compte personnel peut tout à fait faire l'affaire. Là encore, cette option doit être attentivement étudiée. En effet, le coût d'un compte pro est le plus souvent supérieur à celui d'un compte perso. Assurez-vous donc que les services supplémentaires vous sont utiles pour le cabinet et valent bien cette différence de prix.

En ce qui concerne les démarches, il suffit de vous rendre à la banque choisie, avec les pièces justificatives demandées. En général il s'agit de certifier de votre identité : pièce d'identité et photocopie, justificatif de domicile. Pour un compte pro, vous devez aussi justifier de votre statut professionnel en fournissant votre numéro SIREN et votre code APE, ou encore le bail de votre cabinet. Sachez que la banque peut refuser d'ouvrir un compte. Elle n'a pas à justifier son choix. Toutefois, elle doit obligatoirement le faire par écrit. Cette lettre de refus vous permet en effet de faire jouer votre droit au compte. Pour cela rendez-vous dans la succursale locale de la Banque de France avec ce document. Elle désigne une banque qui doit vous ouvrir un compte d'office. Par contre, ce dernier contient uniquement les services gratuits de base (délivrance d'un RIB, retrait et dépôt au guichet, carte de paiement...). Dans ce cas, vous n'aurez par exemple par droit à un chéquier, ni d'autorisation de découvert.

Attention : Pour bénéficier du droit au compte, vous ne devez pas avoir d'autre compte professionnel et être domicilié en France.

Enfin, si vous souhaitez clore votre compte professionnel, les démarches dépendent de la situation. S'il s'agit d'une clôture pour ouvrir un compte dans un autre organisme, les démarches sont des plus simples. Il vous suffit d'informer votre nouvelle banque. Celle-ci fait alors jouer l'aide à la mobilité bancaire, et s'occupe ainsi de toutes les démarches auprès de votre ancienne banque. Dans le cas contraire, envoyez une lettre avec accusé de réception contenant le courrier de résiliation. Il faut ensuite en général un délai de 30 jours pour que le compte soit fermé.

Vous pouvez désormais analyser la situation de votre cabinet et consulter des banques, afin de vous assurer de l'opportunité d'ouvrir ou non un compte bancaire professionnel dédié à votre activité de thérapaute.