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Le charme discret de l’intestin : tuyaux et sentiments

publié le 05/10/2021 - Rédigé par Lucile de La Reberdière
Le charme discret de l’intestin : tuyaux et sentiments

Succès de librairie à sa sortie en 2015, "Le Charme discret de l’intestin" porte un regard décomplexé et drôle sur un organe mal-aimé, pourtant essentiel à notre santé.


Les origines allemandes de la jeune auteure, Giulia Enders, expliqueraient-elles son ton si libre pour parler de selles, de constipation et de vomissements ? On connaît, en effet, l’approche hygiéniste de nos voisins d’outre-Rhin, pionniers dans les pratiques du jeûne et d’irrigation du côlon. En réalité, c’est après avoir réussi à soigner une maladie de peau grâce à un profond changement d’alimentation que la jeune femme, doctorante à l’université de Francfort à l’époque, a décidé de partager ses trouvailles sur les entrailles.

Êtes-vous bien assis ?

Saviez-vous que les hémorroïdes et la diverticulite (une maladie inflammatoire des intestins) n’existent quasiment que dans les pays où l’on « trône » pour faire ses besoins ? « La population qui s’accroupit pour faire ses besoins (soit 1,2 milliard d’êtres humains) ne souffre que rarement de ces maux, nous dit Giulia Enders. Nous autres Occidentaux, nous préférons pousser comme des forcenés » au risque de développer varices et accident vasculaire cérébral. À l’aide des illustrations pleines d’humour de sa sœur, Jill Enders, la jeune femme explique comment poser les pieds sur un petit tabouret bas et se pencher légèrement en avant aide les sphincters à trouver un meilleur angle pour évacuer leur trop-plein.

L’insula, là où se forme le « moi »

On connaît déjà bien le lien intestin-cerveau et comment la dépression se niche parfois dans une flore déséquilibrée. D’après de récentes recherches sur le système digestif, le cortex insulaire est particulièrement réceptif aux informations qui viennent du ventre. Dans cette zone du cerveau, nommée aussi « insula », s’actualiserait, toutes les quarante secondes environ, une image sensorielle composée du ressenti des viscères. Qu’il s’agisse de combler la faim ou de trouver le bonheur, toutes les décisions vitales d’un individu seraient prises en permanence à partir de cette photographie émotionnelle, mise à jour en continu par l’intestin. Plus ce dernier est sensible et malmené par le stress ou l’alimentation, plus l’affichage des données dans le cerveau s’affole et induit des troubles comme le syndrome du côlon irritable, l’anxiété ou l’agressivité. Le deuxième cerveau est loin d’avoir livré tous ses secrets...

À lire
Le Charme discret de l'intestin - Tout sur un organe mal aimé, de Giulia Enders, éditions Actes Sud, 377 p., 13 €.



Maux de ventre